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CARNETS | marie deschênes
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25 févr. 2012


Vendredi je prends le train à rebours vers le Japon
pour me noyer, bien avant, dans la San Francisco Bay
m'allonger au fond des mers afin
de brûler mes lettres au levant
passer par l'Ouest (c'est l'Est que je cherche)
pour fuir (un bouquet de fleurs à la main)
cet âge insupportable (l'ironie);
le souffle retenu afin de mourir
le plus longtemps possible.

18 janv. 2012


J'écrirais bien un livre tout blanc, vide, (on y mettra ce qu'on veut), avec uniquement des notes de bas de pages
(ce sont elles les plus intimes).1









1 Tu te fais prendre à ton propre piège
tes efforts imbéciles pour rester dans l'ombre en sortant de l'ombre
pour sortir de l'ombre en restant dans l'ombre
coincée dans la nudité farouche et froide.
Tu aurais aimé au grand jour
demeurer invisible
tu aurais aimé sans être vue
pouvoir être dans la foule, parmi les gens
les aimer de loin.

2 août 2011

Lettre à personne

Guillaume, mon guillaume, de vous il n'y a plus de traces
mes amis leurs claires carcasses
vides me font valser
parmi l'absence de lilas ce n'est pas Paris ce n'est pas
encore l'automne
ce n'est que l'antépénultième saison
la saison avant la saison de l'attente ils ont des épaules dignes
aux lignes fines et noires mais au-dessus d'eux
à peine un brouillard très haut très léger
l'orage se retient quelque part ailleurs
en Nouvelle-Guinée, peut-être
en Chine dans les forêts
d'Amazonie où je ne me trouve pas.
Ici je n'attends plus.

13 mai 2011

lettre à personne

Un jour nous partirons à bord d'un Orient-Express décrépit, de Londres vers Istanbul.
Le soir nous boirons du sauternes, je porterai ma sombre robe de guipure.
Le matin dans notre petit salon nous lirons les journaux anglais et ceux des pays que nous traverserons, nous mangerons peu et ne parlerons pas.
L'après-midi je me parfumerai et nous boirons le thé en discutant, citant les poètes, les philosophes que nous avons mille fois cités mais qui jamais ne s'épuisent.
Le paysage à côté de nous sera changeant et léger.
La plupart du temps, nous ne ferons rien. Nous regarderons le monde passer
et les jours s'écouleront au rythme des robes, des montagnes, des livres et des parfums.
Tout ne sera que mélancolie, lenteur dans la vitesse, des ailleurs qui nous portent.

Vous tomberez brièvement amoureux d'une voyageuse
française ou arménienne, qu'importe
dont vous retrousserez les jupons aux heures bleues alors que je dors.
Moi, je n'aimerai personne et mon cœur sera léger.
Nous serons un peu triste et nous vivrons plus
que tout ce monde que nous laisserons derrière.

Quand nous arriverons à Istanbul, il y a aura l'incertitude et la fatigue, l'émerveillement et l'ennui. Nous n'aurons plus d'argent pour l'hôtel, nous errerons dans les rues. Nous boirons du thé très sucré et très fort sous le soleil plombant, en costard tout de même et voilée, nous écouterons la musique des langues inconnues et sauvages qui nous encercleront. Les oiseaux et les arbres nous protégeront du hasard malheureux, ce sera une tendre et jolie fin du monde. Jamais nous ne reviendrons.