Extrait journal - 29 avril 2011
J'aimerais vivre dans un train. [..] il n'y a rien comme cette exquise sensation du
monde qui passe qui va qui part qui peut-être dérape, ce mouvement, vide, léger, sans
sens. La signification est un poids qu'on accroche aux choses. Elle n'a rien de
l'image, elle n'a rien du chemin. Elle n'est qu'arrêt.
Peut-être j'étudie la philo pour
faire le ménage, dompter les mots. Peut-être que je réussis bien car
je me méfie d'eux. Toujours je les approche avec doute et méfiance.
Toujours je me méfie de leur surface. J'aimerais voir derrière, là où
il n'y a rien qui cache et qui obscurcit, là où il n'y a rien.
J'ai toujours été intimidée par les
gens qui parlaient en forme de livre, utilisant trop de mots, érudits, tellement de références que le discours
prenait toute la place de ce dont ils parlaient. Je pense à la bouche
immense de *** à la Buvette chez Simone, de laquelle
sortait une pâte opaque de mots contenant des tonnes de
choses qui n'existent peut-être pas ailleurs que dans sa bouche à
ce moment-là. Et je pense à *** qui s'amuse avec la dentelles
des mots, la soulève, les fait rougir, et sourit, et s'amuse. Toujours
je m'égare dans ces surfaces, je ne sais pas comment y entrer, dans le jeu de la plastique. Je reste là devant, muette, comme un petit animal
sauvage, fascinée mais en même temps interpellée ailleurs,
derrière tout ça, qu'est-ce qu'il y a parmi, dedans, hors de, là
où. Comme les chats intrigués par l'image des télés,
qui vont derrière voir ce qu'il y a.
Et lorsqu'enfin je crois qu'il n'y a rien qui suivra cette attente – parce que pour moi toujours cela cache
quelque chose, n'est que prélude - , soudain je m'ennuie et déçue, je
m'éloigne.
*
Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.
*
Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.
1 commentaire:
Astérisques : fausse pudeur.
Mais pas de blogue pour moi.
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