"Our subject is notorious for its perennial controversies and lack of decisive progress - for its embarrassing failure, after over two thousand years, to settle any of its central questions."
Paul Horwich, Wittgenstein's Metaphilosophy.
And one wonders what they are doing at 9 a.m. on a Monday in London, reading heavy theories about language and scientific inquiry, while years pass ever so quickly and love is afar.
Carnet
CARNETS | marie deschênes
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7 oct. 2013
17 mars 2012
Journal de SF - 1
Le Mission Disctrict de San Francisco
ressemble en tout point au Mile End de Montréal, à l'exception du fait qu'il est rempli d'américains. Dépaysement : zéro. On y
trouve des boutiques de bidules old school et trendy, des friperies,
des cafés vegan à la déco kitsch. Tout y est hipster : vieux
et laid reconverti en fashion et cool. La moyenne d'âge est de 30
ans, ça semble bourré d'artistes - si on accepte de compter parmi les exemples d'"artiste" une femme vêtue d'un boa de plume vendant des affiches de bacon ou de Jésus rasé, avec un pianiste en noeud pap à carreaux jouant un ragtime approximatif, dans un studio de Valencia Street.
Les marchés, les épiceries ethniques foisonnent, dans un joyeux bordel. Un
peu en retrait de downtown SF, le Mission est plus résidentiel mais pauvre; c'est tellement hip d'être entouré de putes - elles n'auront plus leur place ici bientôt (la mère de la jeune femme au boa, qui lui a acheté son studio, n'aime pas trop que sa fille soit mêlée à cette racaille). Les bars à vin
branchés nouvellement ouverts, devant lesquels des itinérants
mexicains et leurs chiens attendent le prochain quarter,
côtoient des bars glauques et des burger joint des années 70 remplis de jeunes hip
pseudo-intellos à grosses lunettes à bordures de plastique. La
routine habituelle, quoi. À l'autre bout du continent. Et tout le
monde se croit unique et tout le monde se croit original et tout le
monde se trouve so cool.
2 déc. 2011
L'indifférence ne mène pas au suicide,
meuh non - cette violente prise de position
face au monde (le ridicule se dévoile toujours à qui se tient dehors).
La mort se vit ici plutôt à chaque jour,
parmi l'avortement des possibles,
dans la laideur ou la beauté du monde;
mourir en ne mourant pas,
le labeur élégant d'un autre Sisyphe.
La joie, aube étrange, surgit tout de même parfois, lumineuse
musique parmi l'inénarrable tristesse.
meuh non - cette violente prise de position
face au monde (le ridicule se dévoile toujours à qui se tient dehors).
La mort se vit ici plutôt à chaque jour,
parmi l'avortement des possibles,
dans la laideur ou la beauté du monde;
mourir en ne mourant pas,
le labeur élégant d'un autre Sisyphe.
La joie, aube étrange, surgit tout de même parfois, lumineuse
musique parmi l'inénarrable tristesse.
22 nov. 2011
Extrait journal - 29 avril 2011
J'aimerais vivre dans un train. [..] il n'y a rien comme cette exquise sensation du
monde qui passe qui va qui part qui peut-être dérape, ce mouvement, vide, léger, sans
sens. La signification est un poids qu'on accroche aux choses. Elle n'a rien de
l'image, elle n'a rien du chemin. Elle n'est qu'arrêt.
Peut-être j'étudie la philo pour
faire le ménage, dompter les mots. Peut-être que je réussis bien car
je me méfie d'eux. Toujours je les approche avec doute et méfiance.
Toujours je me méfie de leur surface. J'aimerais voir derrière, là où
il n'y a rien qui cache et qui obscurcit, là où il n'y a rien.
J'ai toujours été intimidée par les
gens qui parlaient en forme de livre, utilisant trop de mots, érudits, tellement de références que le discours
prenait toute la place de ce dont ils parlaient. Je pense à la bouche
immense de *** à la Buvette chez Simone, de laquelle
sortait une pâte opaque de mots contenant des tonnes de
choses qui n'existent peut-être pas ailleurs que dans sa bouche à
ce moment-là. Et je pense à *** qui s'amuse avec la dentelles
des mots, la soulève, les fait rougir, et sourit, et s'amuse. Toujours
je m'égare dans ces surfaces, je ne sais pas comment y entrer, dans le jeu de la plastique. Je reste là devant, muette, comme un petit animal
sauvage, fascinée mais en même temps interpellée ailleurs,
derrière tout ça, qu'est-ce qu'il y a parmi, dedans, hors de, là
où. Comme les chats intrigués par l'image des télés,
qui vont derrière voir ce qu'il y a.
Et lorsqu'enfin je crois qu'il n'y a rien qui suivra cette attente – parce que pour moi toujours cela cache
quelque chose, n'est que prélude - , soudain je m'ennuie et déçue, je
m'éloigne.
*
Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.
*
Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.
17 nov. 2011
j'allais écrire un poème mais cette lettre dit la même chose alors à quoi bon
14.3.10
lettre à Isaiah
c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose
lettre à Isaiah
c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose
14 mars 2010
lettre à Isaiah
c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose
24 juill. 2009
le salon s'éternise dans la fumée
Billie chante à peine Yesterdays
j'écoute mais n'entends
aucun train passer
Barcelona ses rues disloquées
malgré mes paupières fermées
pour mieux la voir
m'échappe, effacée
quel ennui toute cette beauté
cette clope ce rouge ce fauteuil
vide cette ville morne
ce poème
je n'arrive pas à faire des rimes
ni des vers réguliers
mes trains déraillés mes paysages
à l'envers de dentelles dérapées
m'amusent plus que les prières les souvenirs
de calme et de volupté
Billie chante à peine Yesterdays
j'écoute mais n'entends
aucun train passer
Barcelona ses rues disloquées
malgré mes paupières fermées
pour mieux la voir
m'échappe, effacée
quel ennui toute cette beauté
cette clope ce rouge ce fauteuil
vide cette ville morne
ce poème
je n'arrive pas à faire des rimes
ni des vers réguliers
mes trains déraillés mes paysages
à l'envers de dentelles dérapées
m'amusent plus que les prières les souvenirs
de calme et de volupté
22 juill. 2009
2 nov. 2008
13 oct. 2008
l'on se répete inlassablement (ce que je fais ici d'ailleurs)
ah que le monde est petit
et comme sa littérature m'ennuie
avec le temps on n'aime plus
et on ne prend pas la peine de le dire
guillaume où êtes-vous
êtes vous toujours mort?
la zone n'est plus ce qu'elle était
j'y dansais petite fille et ce soir
les heures sautillent comme moutons
et je suis lasse d'être bergère
que sais-je?
que sais-je?
aimer à peine, ça je sais
ne pas écrire, aussi, je sais
des livres anciens
je sais les boire et longue
je sais partir
comme eau courante
hélas
comme tout est d'une impossible lenteur
quand donc reviendrai-je?
ivre d'indifférence ivre de vieillesse
noyée lumineuse
et comme sa littérature m'ennuie
avec le temps on n'aime plus
et on ne prend pas la peine de le dire
guillaume où êtes-vous
êtes vous toujours mort?
la zone n'est plus ce qu'elle était
j'y dansais petite fille et ce soir
les heures sautillent comme moutons
et je suis lasse d'être bergère
que sais-je?
que sais-je?
aimer à peine, ça je sais
ne pas écrire, aussi, je sais
des livres anciens
je sais les boire et longue
je sais partir
comme eau courante
hélas
comme tout est d'une impossible lenteur
quand donc reviendrai-je?
ivre d'indifférence ivre de vieillesse
noyée lumineuse
17 sept. 2008
note à moi-même :
offrir Mon cœur mis à nu, de Baudelaire à tous les gens que j'aime.
*
offrir Mon cœur mis à nu, de Baudelaire à tous les gens que je méprise.
*
Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.
Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.
Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût.
Charles BAUDELAIRE, Mon cœur mis à nu
offrir Mon cœur mis à nu, de Baudelaire à tous les gens que j'aime.
*
offrir Mon cœur mis à nu, de Baudelaire à tous les gens que je méprise.
*
Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.
Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.
Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût.
Charles BAUDELAIRE, Mon cœur mis à nu
23 août 2008
25 févr. 2008
lettre à moravagine
Entre ma cervelle, le monde et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Le genre humain ne m’intéresse ni m’étonne, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, la panse pleine d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui bourdonnent dans ce sommeil où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque approximation, comme l'ivresse, un pays, ou un homme, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux, et je m'en remettrai à la vitesse, laissant la réalité déraper dans l'imaginaire, et inversement. Il faut anéantir l'empathie et la résignation, devenir action brute, une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.