Carnet

CARNETS | marie deschênes
Aucun message portant le libellé le monde. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé le monde. Afficher tous les messages

7 avr. 2013

17 déc. 2011

Note à moi-même


pour la liberté;
comprendre le monde (les limites)
non,

et la liberté;
comprendre les limites (le monde, je disais), s'y mouvoir avec aisance et légèreté (habiter, être parmi).

(oui est un pays agréable)

*

Ne pas toujours vouloir exploser les limites; Marie,
(extérieures / intérieures)
pour les accidents de vitesse, il y a l'art
(les fenêtres dans le vide).



22 nov. 2011


Extrait journal - 29 avril 2011

J'aimerais vivre dans un train. [..] il n'y a rien comme cette exquise sensation du monde qui passe qui va qui part qui peut-être dérape, ce mouvement, vide, léger, sans sens. La signification est un poids qu'on accroche aux choses. Elle n'a rien de l'image, elle n'a rien du chemin. Elle n'est qu'arrêt.

Peut-être j'étudie la philo pour faire le ménage, dompter les mots. Peut-être que je réussis bien car je me méfie d'eux. Toujours je les approche avec doute et méfiance. Toujours je me méfie de leur surface. J'aimerais voir derrière, là où il n'y a rien qui cache et qui obscurcit, là où il n'y a rien.
J'ai toujours été intimidée par les gens qui parlaient en forme de livre, utilisant trop de mots, érudits, tellement de références que le discours prenait toute la place de ce dont ils parlaient. Je pense à la bouche immense de *** à la Buvette chez Simone, de laquelle sortait une pâte opaque de mots contenant des tonnes de choses qui n'existent peut-être pas ailleurs que dans sa bouche à ce moment-là. Et je pense à *** qui s'amuse avec la dentelles des mots, la soulève, les fait rougir, et sourit, et s'amuse. Toujours je m'égare dans ces surfaces, je ne sais pas comment y entrer, dans le jeu de la plastique. Je reste là devant, muette, comme un petit animal sauvage, fascinée mais en même temps interpellée ailleurs, derrière tout ça, qu'est-ce qu'il y a parmi, dedans, hors de, là où. Comme les chats intrigués par l'image des télés, qui vont derrière voir ce qu'il y a.
Et lorsqu'enfin je crois qu'il n'y a rien qui suivra cette attente – parce que pour moi toujours cela cache quelque chose, n'est que prélude - , soudain je m'ennuie et déçue, je m'éloigne.

*

Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.

9 nov. 2011

Le désordre, laideur quelconque du monde, comme une marée me monte au bord des yeux, des lèvres, des dents, de la gorge jusqu'à l'estomac ; un désordre si fin, microscopique, pourtant si parfaitement et uniformément répandu dans la structure du monde, un grain de sable dans un rouage, un virus passant entre les organes, une faille au cœur de la poutre, craquant, à peine perceptible, mais que j'entends où que je sois, et qui fait que tout lentement, éternellement, inlassablement s'écroule. J'entends le monde s'écroule, comme l'édifice dans lequel j'habite, rue Edouard-Charles, craque la nuit ; ses fondations pourries, ses murs dans lesquels poussent d'étranges champignons dont personne ne veut s'occuper, qui ne sont ni la responsabilité du propriétaire ni celle du locataire. Je ne supporte pas le monde ; les grincements de son impossiblement lente agonie me tiennent éveillée dans la plus constante inquiétude ou bien me plonge dans le plus profond ennui. Ne pas pouvoir sortir d'ici.

8 nov. 2011

Sauternes à minuit et l'amant qui se tait
moi je ne parle qu'en squelette je n'ai pas de chair
autour de mes os nous valsons un vent passe nous défait
je ne sais rien que refaire faire avec me glisser
sous quelque vie trouvée ça n'a pas d'importance
étrangère au pays une ligne divergente, je dessine
le paysage en n'étant pas làe
où il faudrait que je sois.


M.C. Escher

12 oct. 2011

J'espère écrire ici bientôt. Je suis occupée ailleurs, j'écris pour d'autres silences, d'autres distances.
J'aimerais écrire sur la danseuse et lieu - combien fin et sensible mon rapport au lieu a toujours été, depuis l'enfance.
Mais la mélancolie de l'écriture : créer des lieux que mon corps ne pourra jamais habiter. Parfois je ne peux plus écrire.
Je vais au studio, cette autre solitude ; le corps dans l'espace vide, tenter de l'habiter.
Traces perdues, je n'y laisse aucune, si légère. Il m'est plus facile de laisser se perdre derrière moi, le plus souvent, de ne pas garder ; dévorer le temps qui me dévore, me perdre en pirouettes - tourner le dos au miroir, au regard le plus dur qui soit - et tourner le corps vers le monde, le monde en soi, le mouvement, m'écouler avec le temps. Il y a si peu à dire sur la danse. Il y a surtout beaucoup à vivre.
J'écrirai plus quand je danserai moins, quand encore une fois je danserai mal.
Quand je n'arriverai plus à habiter le monde avec légèreté, silencieusement.

26 avr. 2010

la femme sans poème se tient en elle sans elle la mer
dans un sac
au bout d'un bâton la mer
en cas de soif elle n'a pas soif mais elle est prête
sans poème et sans chant et sans elle
elle va peu sûre mais tout de même et seule et vite elle va
son doute à bout de bras elle creuse
la pupille et le chemin
creuse son courage
creuse sa soif

14 mars 2010

lettre à Isaiah

c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose

6 févr. 2010

Marie aux attaches fines la terre ne tient pas
c'est peut-être lorsqu'un rien la soulève
qu'elle saisit l'attraction
la chute lui rappelle l'existence
des os

25 févr. 2008

lettre à moravagine

Entre ma cervelle, le monde et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Le genre humain ne m’intéresse ni m’étonne, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, la panse pleine d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui bourdonnent dans ce sommeil où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque approximation, comme l'ivresse, un pays, ou un homme, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux, et je m'en remettrai à la vitesse, laissant la réalité déraper dans l'imaginaire, et inversement. Il faut anéantir l'empathie et la résignation, devenir action brute, une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.