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CARNETS | marie deschênes
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7 oct. 2013

Philosopher's blues

"Our subject is notorious for its perennial controversies and lack of decisive progress - for its embarrassing failure, after over two thousand years, to settle any of its central questions."
Paul Horwich, Wittgenstein's Metaphilosophy.

And one wonders what they are doing at 9 a.m. on a Monday in London, reading heavy theories about language and scientific inquiry, while years pass ever so quickly and love is afar.

2 déc. 2011

L'indifférence ne mène pas au suicide,
meuh non - cette violente prise de position
face au monde (le ridicule se dévoile toujours à qui se tient dehors).
La mort se vit ici plutôt à chaque jour,
parmi l'avortement des possibles,
dans la laideur ou la beauté du monde;
mourir en ne mourant pas,
le labeur élégant d'un autre Sisyphe.
La joie, aube étrange, surgit tout de même parfois, lumineuse
musique parmi l'inénarrable tristesse.

22 nov. 2011


Extrait journal - 29 avril 2011

J'aimerais vivre dans un train. [..] il n'y a rien comme cette exquise sensation du monde qui passe qui va qui part qui peut-être dérape, ce mouvement, vide, léger, sans sens. La signification est un poids qu'on accroche aux choses. Elle n'a rien de l'image, elle n'a rien du chemin. Elle n'est qu'arrêt.

Peut-être j'étudie la philo pour faire le ménage, dompter les mots. Peut-être que je réussis bien car je me méfie d'eux. Toujours je les approche avec doute et méfiance. Toujours je me méfie de leur surface. J'aimerais voir derrière, là où il n'y a rien qui cache et qui obscurcit, là où il n'y a rien.
J'ai toujours été intimidée par les gens qui parlaient en forme de livre, utilisant trop de mots, érudits, tellement de références que le discours prenait toute la place de ce dont ils parlaient. Je pense à la bouche immense de *** à la Buvette chez Simone, de laquelle sortait une pâte opaque de mots contenant des tonnes de choses qui n'existent peut-être pas ailleurs que dans sa bouche à ce moment-là. Et je pense à *** qui s'amuse avec la dentelles des mots, la soulève, les fait rougir, et sourit, et s'amuse. Toujours je m'égare dans ces surfaces, je ne sais pas comment y entrer, dans le jeu de la plastique. Je reste là devant, muette, comme un petit animal sauvage, fascinée mais en même temps interpellée ailleurs, derrière tout ça, qu'est-ce qu'il y a parmi, dedans, hors de, là où. Comme les chats intrigués par l'image des télés, qui vont derrière voir ce qu'il y a.
Et lorsqu'enfin je crois qu'il n'y a rien qui suivra cette attente – parce que pour moi toujours cela cache quelque chose, n'est que prélude - , soudain je m'ennuie et déçue, je m'éloigne.

*

Ceci dit, nous voilà en novembre, et je n'ai toujours pas trouvé ma roche grise parmi les roches grises. Celle qu'il faut choisir car elle décidera de notre sort.
Pourquoi me sont-elles toutes équivalentes?
Quel ennui, le monde.
Dessiner des paysages avec les roches est tellement plus intéressant qu'en choisir une.

17 nov. 2011

j'allais écrire un poème mais cette lettre dit la même chose alors à quoi bon

14.3.10

lettre à Isaiah

c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose

9 nov. 2011

Le désordre, laideur quelconque du monde, comme une marée me monte au bord des yeux, des lèvres, des dents, de la gorge jusqu'à l'estomac ; un désordre si fin, microscopique, pourtant si parfaitement et uniformément répandu dans la structure du monde, un grain de sable dans un rouage, un virus passant entre les organes, une faille au cœur de la poutre, craquant, à peine perceptible, mais que j'entends où que je sois, et qui fait que tout lentement, éternellement, inlassablement s'écroule. J'entends le monde s'écroule, comme l'édifice dans lequel j'habite, rue Edouard-Charles, craque la nuit ; ses fondations pourries, ses murs dans lesquels poussent d'étranges champignons dont personne ne veut s'occuper, qui ne sont ni la responsabilité du propriétaire ni celle du locataire. Je ne supporte pas le monde ; les grincements de son impossiblement lente agonie me tiennent éveillée dans la plus constante inquiétude ou bien me plonge dans le plus profond ennui. Ne pas pouvoir sortir d'ici.

14 mars 2010

lettre à Isaiah

c'est en dandys que nous nous noierons cher ami
dans un spleen aquoiboniste sans aucune ambition
insupportables et las
regardant le monde courir à sa perte avec indifférence
loin de la vulgarité du travail et de l'ambition
nous passerons notre temps
à palabrer à citer cioran avec inexactitude à trouver le monde laid
nous perdrons notre temps
dans les églises les musées et les bistrots
parce que l'ami
qu'y a-t-il d'autre que ça
dieu l'art et le vin
c'est un peu la même chose

17 nov. 2008

comme par hasard
non rien vraiment
c'est pour structurer un peu l'espace
poser des directions
et les regarder partir

25 févr. 2008

lettre à moravagine

Entre ma cervelle, le monde et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Le genre humain ne m’intéresse ni m’étonne, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, la panse pleine d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui bourdonnent dans ce sommeil où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque approximation, comme l'ivresse, un pays, ou un homme, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux, et je m'en remettrai à la vitesse, laissant la réalité déraper dans l'imaginaire, et inversement. Il faut anéantir l'empathie et la résignation, devenir action brute, une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.