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CARNETS | marie deschênes
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8 oct. 2013

2006 ou 7?


Cher Porte-Cigarette,
Je réalise que j'ai fait de vous un être utile ; à l'heure j'ai besoin de cigarettes, mais vous n'êtes pas là, ici, vous êtes dans un ici qui n'existe pas, je crains, car je n'y suis pas avec vous. Non pas que j'ose prétendre que les limites du monde réel se déplacent au gré d'où je vais, mais c'est que ce vous utile que vous êtes devenu n'existe pas en dehors de notre lien. Peut-être n'existons-nous pas l'un sans l'autre, enfin ce que nous sommes aujourd'hui de printemps et de naissances, car qu'en est-il après tout de la réalité, de la mémoire et des sens, que sais-je de vivre à part cette envie de vous qui m'apporterait des cigarettes? Pour que je puisse vous inventer, à l'écran parce que vous n'êtes pas là, vous inventer dans le mouvement que je tente de créer entre les vers, vous inventer libre, vous en vent. Être une fleur est simple, et le simple n'est pas le facile. Il n'est pas facile d'être en soi une tornade de transparences qui ne déplace rien, d'être un possible qui a envie de fumer des rouges. Le printemps est tellement là ici, si vous saviez comment vous prenez racine en moi à plusieurs endroits ces jours-ci. Il m'arrive de m'absenter de la naissance, oui. Il m'arrive de ne pas être à l'heure quand le printemps arrive. Il m'arrive de m'attarder dans quelque autre saison, pendant que vous m'aimez. Mais n'ayez crainte, il n'y a nulle absence où vous n'êtes quelque chose d'utile.
Je vous embrasse dans le vent, quelque part, que nous formons.
Marguerites

25 nov. 2011

combien de centaines de jours
à ne pas savoir broder

26 mars 2010

bois, amour, les étoiles
sont dessous, derrière nous
nous n'avons plus rien à perdre
puisqu'elles le sont
penchons-nous pour boire
aux failles qu'elles ont laissé
ton regard sur le monde et mon rire
à la renverse

4 juill. 2009

ce soir alors que je rentrais chez moi
parmi l'abondance de l'été
un ciel froid vint alourdir
le temps et l'humeur; l'automne
sa profonde mélancolie sa douceur
et la grisaille cet achèvement
des couleurs cette retenue
me revint; l'automne qui
comme l'absence dérobe
à toute chose quelque chose d'indicible
passa ce soir en moi par la rue
morte malgré les flamboyantes fulgurances
des folles beautés souples et rosées
de l'été qui soudain se tut; l'automne
gorgé de ce qu'auront été
poires et figues, romarin, carpelles et miel
retenant leurs lourds parfums
clos, silencieux et lointain
me fit penser à vous;
votre bouche est pour moi
comme cette saison ses parfums
absents sublimant même vivace
et fertile jusqu'à la moindre averse