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CARNETS | marie deschênes
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26 avr. 2010

la femme sans poème se tient en elle sans elle la mer
dans un sac
au bout d'un bâton la mer
en cas de soif elle n'a pas soif mais elle est prête
sans poème et sans chant et sans elle
elle va peu sûre mais tout de même et seule et vite elle va
son doute à bout de bras elle creuse
la pupille et le chemin
creuse son courage
creuse sa soif

26 mars 2010

bois, amour, les étoiles
sont dessous, derrière nous
nous n'avons plus rien à perdre
puisqu'elles le sont
penchons-nous pour boire
aux failles qu'elles ont laissé
ton regard sur le monde et mon rire
à la renverse

6 févr. 2010

Marie aux attaches fines la terre ne tient pas
c'est peut-être lorsqu'un rien la soulève
qu'elle saisit l'attraction
la chute lui rappelle l'existence
des os

25 févr. 2008

lettre à moravagine

Entre ma cervelle, le monde et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Le genre humain ne m’intéresse ni m’étonne, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, la panse pleine d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui bourdonnent dans ce sommeil où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque approximation, comme l'ivresse, un pays, ou un homme, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux, et je m'en remettrai à la vitesse, laissant la réalité déraper dans l'imaginaire, et inversement. Il faut anéantir l'empathie et la résignation, devenir action brute, une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.