Pauvre petit philosophe
l'enfer captif entre les dents
tu mords le chien
qui t'a mordu
dans le miroir
Carnet
CARNETS | marie deschênes
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3 janv. 2012
17 déc. 2011
Note à moi-même
et la liberté;
comprendre les limites (le monde, je disais), s'y mouvoir avec aisance et légèreté (habiter, être parmi).
(oui est un pays agréable)
*
Ne pas toujours vouloir exploser les limites; Marie,
(extérieures / intérieures)
pour les accidents de vitesse, il y a l'art
(les fenêtres dans le vide).
9 nov. 2011
Le désordre, laideur quelconque du monde, comme une marée me monte au bord des yeux, des lèvres, des dents, de la gorge jusqu'à l'estomac ; un désordre si fin, microscopique, pourtant si parfaitement et uniformément répandu dans la structure du monde, un grain de sable dans un rouage, un virus passant entre les organes, une faille au cœur de la poutre, craquant, à peine perceptible, mais que j'entends où que je sois, et qui fait que tout lentement, éternellement, inlassablement s'écroule. J'entends le monde s'écroule, comme l'édifice dans lequel j'habite, rue Edouard-Charles, craque la nuit ; ses fondations pourries, ses murs dans lesquels poussent d'étranges champignons dont personne ne veut s'occuper, qui ne sont ni la responsabilité du propriétaire ni celle du locataire. Je ne supporte pas le monde ; les grincements de son impossiblement lente agonie me tiennent éveillée dans la plus constante inquiétude ou bien me plonge dans le plus profond ennui. Ne pas pouvoir sortir d'ici.
26 avr. 2010
la femme sans poème se tient en elle sans elle la mer
dans un sac
au bout d'un bâton la mer
en cas de soif elle n'a pas soif mais elle est prête
sans poème et sans chant et sans elle
elle va peu sûre mais tout de même et seule et vite elle va
son doute à bout de bras elle creuse
la pupille et le chemin
creuse son courage
creuse sa soif
dans un sac
au bout d'un bâton la mer
en cas de soif elle n'a pas soif mais elle est prête
sans poème et sans chant et sans elle
elle va peu sûre mais tout de même et seule et vite elle va
son doute à bout de bras elle creuse
la pupille et le chemin
creuse son courage
creuse sa soif
23 juin 2009
je me teindrai en coiffeuse
j'aurai des grossesses silencieuses
le dimanche en famille, et des robes
pas trop longues pas trop courtes
des pulls bleus pour ne pas choquer
assise j'écouterai on m'aimera
parce je n'aurai pas fait exprès
je boirai du café pour comprendre les gens
quand ils se plaignent du quotidien et de la machine
les femmes sont plus belles avec un défaut
une certaine asymétrie on n'aime pas les icônes
les grandes lignes violentes bien dessinées à côté de la track
de chemin de fer en cavale brunes et tragiques
noires et rouges héroïnes en talons
aiguilles sur les rails espagnols
mieux vaut les laisser seules
sur les écrans le papier
glacé dans les poèmes
or si je me tassais au centre et la suivais cette track
normale, sans trop de visage
pleine de bons sentiments rassurants et corrects
comme le mariage et la télé
au lent plafond de notre blanche maison
quand viendra la nuit
me parleras-tu de Derrida
ta main fermement close sur moi
pour que peut-être je rêve
à des murs qui tombent
j'aurai des grossesses silencieuses
le dimanche en famille, et des robes
pas trop longues pas trop courtes
des pulls bleus pour ne pas choquer
assise j'écouterai on m'aimera
parce je n'aurai pas fait exprès
je boirai du café pour comprendre les gens
quand ils se plaignent du quotidien et de la machine
les femmes sont plus belles avec un défaut
une certaine asymétrie on n'aime pas les icônes
les grandes lignes violentes bien dessinées à côté de la track
de chemin de fer en cavale brunes et tragiques
noires et rouges héroïnes en talons
aiguilles sur les rails espagnols
mieux vaut les laisser seules
sur les écrans le papier
glacé dans les poèmes
or si je me tassais au centre et la suivais cette track
normale, sans trop de visage
pleine de bons sentiments rassurants et corrects
comme le mariage et la télé
au lent plafond de notre blanche maison
quand viendra la nuit
me parleras-tu de Derrida
ta main fermement close sur moi
pour que peut-être je rêve
à des murs qui tombent
25 févr. 2008
lettre à moravagine
Entre ma cervelle, le monde et la mort, il n’y a qu’un point de fuite. Le genre humain ne m’intéresse ni m’étonne, l’idéal gavé de petits hors-d’œuvre de liberté hachée menue, la panse pleine d’illusions indigestes. Je lui préfère les grands espaces vides d’insomnie, les lunes limpides couleur vodka, la dépossession des départs urgents et définitifs. J’ai un aéroport noué dans la gorge, bruyant et venteux comme des mots retenus qui bourdonnent dans ce sommeil où je me tiens comme encore vivante. Partir. Vers quelque approximation, comme l'ivresse, un pays, ou un homme, là où je deviendrai sereine, là où ma cervelle se détachera de mes yeux, et je m'en remettrai à la vitesse, laissant la réalité déraper dans l'imaginaire, et inversement. Il faut anéantir l'empathie et la résignation, devenir action brute, une perte de mémoire qui s’affine plus à chaque chute, à chaque démesure.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.
Le temps est venu de ne plus croire en rien, le temps est venu de tuer tout espoir. Ne plus regarder devant, ne plus regarder derrière, mais être, partout et nulle part, quitter l’épuisement de vouloir, devenir plus brève que la mort.