Toujours le même jour
et le visage qui s’égare
Le temps va si vite
j’avance si lentement
Vivre a pris le dessus
et même prostrée devant
le doute le mur dans la tête
et Beckett comme un os unique
même comme ça sans bouger
tu t’inscris dans le monde
ta trace pâle abandonnée
dans le vide ton sang
avance peut-être ailleurs
Tu es malgré toi
prête debout devant le mur
comme un champs de bataille sans profondeur
dans lequel tu ne te battrais
que contre la surface ;
pour voir le monde,
l’abattre
Il n’y a que des images
et tu ne sais te battre
contre ça l’acier
debout dans l’univers
en tombant ne fait aucun bruit
pendant que d'autres
assis à table
mangent et boivent
rient et aiment
tu es debout derrière ta chaise
de bois sec seule
devant la grande fenêtre nue
tu n'as rien
que cette maladie dans le silence
que certains appellent talent, ou don
l'œil trop ouvert
les lèvres closes
comme la fenêtre
donne à voir
dehors sans jamais y être
il y a longtemps que tu as abandonné l'idée de parler
le chat est comme toi devant la fenêtre sans rêve
sans griffe et sans proie
ses instincts le mène là malgré son handicap - le confort -
à refaire sans cesse dans sa tête ce même geste de survie
il ne bouge pas, attend la nuit, il guette le rêve
jusqu'à dormir, le chat et toi
vous ne dites pas mot vous regardez
par cette transparence de l'autre côté
rien ne vous attend
rien ne vous regarde
rien ne vous entend
ni lui ni toi ne savez comment parler
ni lui ni toi ne savez comment survivre
Pourquoi venez-vous ici, pourquoi venez-vous me lire, qu'en est-il de ce dialogue, qui dit qui donne et qui reçoit? Êtes-vous ici pour vous connaître, connaitre le monde, êtes-vous ici pour trouver une réponse, un équilibre, une vérité, quelque chose de définitif, quelque chose sur quoi reposer? À quoi sert cette fenêtre, à qui s'adresse-t-elle, pensez-vous? Avez-vous quelque chose à rajouter, êtes-vous d'accord, neutre, indifférent, est-ce possible de l'être? Est-ce qu'un poème ici vous a déjà donné à voir quelque chose, un morceau du monde, avez-vous déjà eu l'impression d'avoir compris,
entendu, même vaguement, même brièvement? Pensez-vous que c'est utile, pensez-vous que c'est nécessaire, d'être ici, vous et moi? Pensez-vous que quelqu'un écoute, que quelqu'un vous écoute, que quelqu'un voit ce que vous voyez? Y a-t-il un instant, dans cette vie, où l'on peut avoir la certitude de
toucher au monde?
ton cœur posé près de moi
comme une question
au miroir
tu n'as rien à dire
vos absences
ont l'éclat de diamants étouffés
à mon cou Styx
de perles d'onyx
le coupant noir soleil
nous nous aimons si peu
c'est presque insupportable
tant il y a peu de choses
qui nous soulèvent
j'ai tenté de mourir tant de fois
j'ai construit des avions de papiers
volé pendant des orages j'ai été atteinte de mutisme
j'ai lancé des lacs noirs dans des livres je suis devenue danseuse
j'ai écrit des poèmes pendant des jours solvables j'ai dit je t'aime
je me suis sauvée des aurores en plein déploiement
j'ai posé des lapins j'ai quitté l'homme de ma vie
j'ai pleuré des siècles en comptant jusqu'à dix
les yeux fermés au milieu de nulle part
j'ai perdu mes clés rien ne marche
coincée dans l'absurde résistance
la liberté pendant que le monstre tourne
la clé comme une pierre jetée
dans l'œil pour atteindre le cœur
un jour peut-être
nous aurons pour salon
des rues de Barcelone
la beauté et nos mains
comme seul passage du temps
dans la faille
mienne la violence
je recule;
voir le monde demande
de s’effacer
l’éclat
*
À côté je
vais imprimer
sans traces
aller
*
Je n’est
qu’un coup
dans le monde dans le vide
*
Encore rien et très fort
pour que je puisse
habiter le monde
Libellés : poèmes au je
septembre j'ai manqué le couchant
affairée à ne pas vivre, car trop
préoccupée de noirceur
l'éclat passif des absences
Libellés : C.
aux plaques tectoniques
effacées pour faire place
au grand trou le regard
échappé avec elle
rien ne sera doux
l'espace rien ne le sera
je ne sais
que survivre
*
la disparition est un mur de plus
*
il n'y a pas d'attente
le temps se cumule au même endroit
que les choses disparaissent
Libellés : C.
il n'est pas question
que je vive à côté, ici
c'est en colère que je dois
remplir ces espaces
sinon me taire, sinon me taire
et personne ne me dira de le faire
*
jeunesse qu'as-tu à donner
les autoroutes ne délivrent rien
que le silence qui nous achève
pendant la liberté
qui nous fera nous retourner
délaissant jusqu'à nos corps
pour rappeler le monde
à nous
*
c'est le poing dans les coupures les lames les arrêts
sans recul aucun vers l'osmose
au tranchant des limites
la vitesse parmi le corps
comme une rivière éclatée
sans lit sous le cœur
mais des veines qui ont soif
que je tenterai d'attendre
Libellés : C.
patience, il y aura quelques traces
ici bientôt
quand je reviendrai du voyage
long voyage suivant les traces
que je laisserai ici bientôt
disparais
il y a un fou qui traîne par ici
de plaisir le bretonneux à montréal
je le sens qui erre derrière les murs
effrayé par son propre silence
Libellés : août, lâcheté