Carnet

CARNETS | marie deschênes

6 août 2012

Ce que j'écris n'est pas assez grand;
il y a des gens sérieux qui connaissent les noms
des guerres et des hommes
qui savent nommer la douleur mieux que moi
qui écrivent des livres dont on sait qu'ils seront la trace d'un siècle.

Ce que j'écris n'est pas assez proche;
on ne s'y reconnait pas, on ne reconnait ni le monde, ni les meubles. Il y a
des femmes qui écrivent sur leur peau tant que ça fait mal -
leur vagin et le frigidaire (leur musique), la folie et l'absence,
toutes ces choses que je n'écoute pas.

Ce que j'écris est petit et lointain;
mes poèmes sont de pauvres trous de vis arrachées pour voir le ciel,
des lézardes encombrées de poussière blanche,
des fentes dans le bois d'un bateau perdu sur une mer qui ne bouge pas.
Il y a ce ciel, seule chose qui change dans l'ennui répétitif des marées
et que j'essaie de faire tenir, petit, plié, dans un morceau de verre
que je n'arrive pas à fermer.
L'encre se répand, la mer est noire, les mots, perdus.
Bref, on n'y voit rien.

Mais le ciel toujours se refait, or
je continue
de l'aimer
de le perdre.

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